Partis, parti pris et partisanerie

Il y a deux types d’élections où la partisanerie devient presqu’un gros mot d’une vulgarité telle que beaucoup de candidats n’osent même plus le prononcer. Etrangement, il s’agit de deux élections complètement différentes, aux antipodes l’une de l’autre : la présidentielle, nationale, et les municipales, locales.

Ce sont pendant les municipales qu’on voit souvent apparaître des listes d’union, des listes Vivre ensemble, où les logos des partis ne sont pas forcément visibles. A l’autre bout du spectre électoral, se trouvent les présidentielles, la grand-messe des élections depuis l’avènement de la Vème République. Là aussi, on sent que les candidats prennent de la distance avec les partis politiques. Il ne faut pas se compromettre avec les querelles intestines, être au-dessus de la mêlé pour ne pas être le président d’un parti, mais bien incarner le président de tous les Français.

Lors des élections de l’Assemblée des Français de l’Etranger, la crainte d’être taxé de « partisan » est encore présente. Les candidats sont souvent regroupés sur des listes apolitiques ou soutenues par un parti, mais pas la liste d’un parti. J’avais moi-même en 2009 été à la tête d’une liste qui regroupait des membres du MoDem et des personnes non-membres d’un parti politique. Mais nous avions le soutien du MoDem.

Qu’en est-il pour ces élections législatives de 2012 ? Tout d’abord, force est de constater que la plupart des candidats affirment leur couleur politique : UMP, PS/EELV, MoDem, ARES, peut-être FN… Ca s’explique certainement par le fait que le député doit siéger dans un groupe parlementaire pour pouvoir exister dans l’hémicycle. Les sans partis ont la vie dure, peu de temps leur est alloué pour poser des questions, peu de place pour siéger sur les commissions, etc. Il faut donc affirmer son appartenance au groupe et au parti, même si l’association peut desservir (surtout après des élections présidentielles).

Mais pourtant, les candidats non-membres de partis sont déjà en lice : MM. Balkany et Régnoux auxquels s’adjoindront certainement d’autres UMP déçus, revêches ou d’autres aventureux. Pour eux, pas de structure de parti, pas de réseau nord-américain un tant soit peu structuré, pas de machine de guerre mais certainement beaucoup de motivation pour participer et peut-être – qui sait ? – gagner le poste convoité.

Alors oui, les partis seront bel et bien là. Pourtant peut-on les taxer de partisanerie ? C’est un peu un mot facile que celui-là. Partisanerie ou plutôt partisan a plusieurs sens. Un de ces sens est membre d’un parti. Dans ce cas-là les candidats et leurs militants ayant une carte d’un parti politique sont partisans. Mais lorsqu’on est un candidat indépendant et qu’on dépose son programme on constitue avec ceux qui vous suivent un parti, pas au sens légal, mais tout de même. Les partis structurés sont récents dans l’histoire politique. Aux Etats-Unis, le premier système des partis s’est constitué sur une base informelle. De la même manière que sous la Monarchie de Juillet les partis (Mouvement, Résistance, Légitimiste, Républicain et Bonapartiste) n’était pas structurés et regroupaient des individus indépendants se reconnaissant sous ces couleurs ou idéologies… combien de fois Thiers a-t-il changé de partis passant de la résistance au mouvement au parti de l’ordre, etc. mais tout en restant dans l’idéologie orléaniste ?

Un autre sens de partisanerie est : qui fait preuve de parti pris. Alors là, disons-le tout simplement : tous les candidats et leurs troupes font preuves de partisanerie qu’ils soient membres d’un parti politique ou soutien d’un candidat indépendant. Ils ont fait un choix, qui leur appartient, mais ce choix affirmé, publicisé pour certains, les place dans les rangs des partisans.

Accusation parfois facile à l’égard des partis, on utilise le terme partisan comme une sacrosainte menace sur la liberté, la démocratie : comme quoi les partis au pouvoir servent d’abord leurs intérêts et ceux de leurs partisans. Mais peut-on être sûr que les candidats indépendants n’agiront pas de même s’ils sont élus ? Ne choisiront-ils pas en priorité des personnes qui partagent leurs idées, qui les ont soutenus ? Nous souhaitons que non. Mais je vois mal un candidat, quel qu’il soit choisir un parfait inconnu pour devenir son directeur de campagne ou son représentant officiel, ou pire prendre un opposant, un contradicteur.

De plus, partisan se charge bien souvent d’un sens proche de subjectif, au sens qui n’est pas objectif. Mais qui est vraiment objectif ? Qui est capable d’analyser de sa lucarne l’immensité, la diversité et la complexité du monde tout en restant objectif, sans prendre position, en s’extirpant complètement de son corps et de sa réalité ? Les universitaires s’essaient en mettant en place des méthodes d’analyse mais ils savent bien que l’objectivité n’existe pas… au même titre que la non-partisanerie, l’absence de prise de parti (donc de décision) n’existent pas.

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