Virginie Munter : Je m’attends à ce que le député élu reflète une image plus proche de la réalité des français de l’étranger

Virginie Munter fait partie de ces Français qui ne sont pas engagés dans les associations françaises du Québec. Mais son expérience n’en est pas moins riche : diplômée en France et au Québec, polyglotte, conseillère clientèle à l’Association Québécoise des Technologies (AQT), présidente du comité communication de l’Institut de Médiation et d’Arbitrage du Québec, elle est une femme active qui sait ce qu’elle veut.

Question 1 : 

Virginie, vous êtes installée au Québec depuis plus de 5 ans maintenant (dis moi si je me trompe) et vous ne faites pas partie de ces Français actifs dans le milieu associatif français de Montréal. Pourquoi ?

Virginie Munter : 

Effectivement, c’est par choix que j’ai choisi de m’écarter de la communauté française depuis mon arrivée au Québec. Je suis issue d’une famille d’origine espagnole qui a fui la dictature de Franco pour venir s’installer en banlieue nord de Paris dans les années 50. En organisant ma venue au Québec, je me suis beaucoup inspirée du vécu de mes grands-parents pour me garantir autant de succès qu’eux. Il se trouve qu’ils avaient été interviewés dans un ouvrage « La Petite Espagne de la Plaine St-Denis 1900-1980″ de Natacha Lillo. Ce livre m’a fait comprendre à quel point mes grands-parents étaient exclusivement centrés autour d’une communauté entièrement composée d’espagnols immigrés. J’ai eu l’opportunité de me partager étant petite entre mes deux cultures mais ce que j’observe c’est que mes grands-parents n’ont jamais bien maîtrisé le français et n’étaient pas intégrés dans la société française. En arrivant au Québec, je me suis tout de suite rapprochée de ma société d’accueil pour éviter de commettre un écueil qui, à mon sens, aurait compromis mon installation. Ce rapprochement passait par du bénévolat, un retour aux études et un logement dans des quartiers typiques de Montréal.

Question 2 : 

Pour vous l’intégration passe par une nécessaire coupure avec votre communauté d’origine ? Est-ce à dire que vous tirez un trait sur la France, sur son actualité ? Avez-vous tout de même des amis français au Québec ?

Virginie Munter : 

Il y a au moins deux aspects à cette question : ma relation avec la communauté française au Québec et ma relation avec mon pays d’origine la France.
Par cette entrevue, j’accepte d’offrir un témoignage de mon parcours au Québec mais je n’érige pas ma façon de faire en « to do list ». Je ne dis pas qu’il est nécessaire de couper avec sa communauté d’origine : c’est à chacun de trouver son approche. Je suis privilégiée d’avoir eu cette position d’observatrice grâce à l’expérience de mes grands-parents. Je m’en suis servie en apportant les améliorations que je jugeais nécessaires : la construction d’un vivre-ensemble avec ma communauté d’accueil en était une d’amélioration que j’ai tenue à apporter. La seconde a été de reprendre spontanément mes études pour acquérir un diplôme de Maitrise local et qui venait en plus compléter ma formation acquise en France.
Par ailleurs, je ne dis pas non plus que je tire un trait sur la France et son actualité. Je reste très proche de son actualité pour être tenue informée du quotidien que vivent ma famille et mes amis. Je dois dire que les problèmes de racisme, de corruption et d’inégalité hommes-femmes me touchent particulièrement. Plus largement, j’ajouterai que mon profil polyglotte (6 langues) m’incite à entretenir une veille informative mondiale.
La dernière partie de la question m’a fait sourire ! Je ne demande jamais le passeport de mes contacts avant de m’en faire des amis.
Plus sérieusement, à mon arrivée au Québec, je fréquentais beaucoup les centres d’accueil pour immigrés. J’organisais à la maison des « bouffes » avec les autres immigrés récents mais lorsque la pression financière sur les économies se fait sentir, que le téléphone ne sonne pas, etc … comment peux-tu demander à tes amis de ramener la bière ou le fromage ? Les deux premières années ont été difficiles sur le plan social puisque mes priorités se sont orientées vers un travail stable et surtout vers la réussite de mes études alors que j’avais cours tous les vendredis et samedis. Les communautés avec lesquelles j’interagis le plus sont avant tout : les professionnels en prévention et règlement des différends (notamment ceux de l’Institut de médiation et d’arbitrage du Québec) et le secteur des technologies de l’information et des communications (via mon travail au sein de l’Association québécoise des technologies).

Question 3 : 

Souvent on souligne un des parcours « typique » des Français qui s’installent au Québec pour y vivre. Ce parcours consiste en une volonté de couper avec la France, de s’intégrer, puis un retour, quelques années plus tard, aux sources : c’est-à-dire une volonté de renouer avec d’autres Français vivant au Québec. Après ces 5 ans au Québec, sentez-vous percer en vous ce besoin ?

Virginie Munter :

Je ne me reconnais pas vraiment dans ce parcours typique. Dans le cadre de mon travail, nous accueillons quelques 1200 participants à nos activités et nous avons une belle délégation d’entrepreneurs français qui viennent pour réseauter. Mes fonctions m’amènent fréquemment à les recevoir en privé pour convenir avec eux d’une stratégie pour optimiser leur installation au Québec. Certes, j’ai quitté la France mais je ne l’ai pas rayé de mon vocabulaire pour autant.

Question 4 : 

Les Français de l’Etranger vont élire dans quelques mois des députés qui siégeront à l’Assemblée nationale en France. Nous aurons un député qui couvrira toute la zone Amérique du Nord. Avez-vous entendu parlé de cette élection ? Vous déplacerez-vous pour aller voter ?

Virginie Munter : 

Bien sûr que je continue de voter ! J’ai effectué les démarches appropriées pour pouvoir le faire. Je me suis toujours déplacée pour voter et même à plusieurs milliers de kilomètres je continue. En revanche, j’ai le sentiment d’être peu informée sur cette élection.

Question 5 :

Concrètement, vous attendez quoi de votre député ?

Virginie Munter :

Le billet « L’autre village gaulois » précise en toute fin « On aimerait être perçus comme des ambassadeurs plutôt que des parias ».
Je m’attends à ce que le député élu reflète une image plus proche de la réalité des français de l’étranger que celle véhiculée par le gouvernement français. Comment a-t-on pu en arriver à souhaiter nous faire passer pour des « exilés fiscaux », à vouloir retirer la citoyenneté française à tous ceux et celles qui ont la double nationalité ?
Les exigences de pays comme le Canada ou les Etats-Unis qui accueillent des immigrés français sont élevées notamment en termes de scolarité et d’expérience professionnelle, la France se coupe une première fois de cette richesse. Richesse qu’elle a largement contribué à créer et qui profite à d’autres pays. La France essaierait de s’en débarrasser pour de bon par le truchement de la citoyenneté ?
Etrange concours de circonstances : l’Espagne en 2002 a effectué une refonte de son Code civil en matière de nationalité pour permettre aux descendants des exilés de … récupérer la nationalité espagnole !

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