Partis français au Québec à la veille des élections présidentielles : le Parti Radical

A la veille de l’importante échéance présidentielle, il nous a paru pertinent d’interroger des acteurs des partis politiques présents au Québec. En première ligne, actifs et engagés, suivant forcément les prochaines élections nationales avec passions et intérêts, leurs témoignages et leurs visions des présidentielles sont bien au coeur de l’actualité. Nous avons contacté des militants ou responsables de partis politiques français vivant au Québec. Tous les bords ont été contactés. Pour l’instant, nous n’avons des retours que de trois partis : le MoDem, le Parti Radical et le Parti Socialiste.

Nous avons interrogé Séverine Boitier et Emmanuel Marcilhacy, respectivement présidente et vice-précident du Parti Radical des Français de l’étranger au Canada, tous deux vivant au Québec. Mme Boitier et M. Marcilhacy sont engagés depuis de nombreux années au sein d’associations françaises au Québec. M. Marcilhacy a même occupé un mandat de Conseiller des Français de l’étranger pour la circonscription Québec et Maritimes. Un grand merci à eux pour leurs réponses et leur temps.

QC2012 : En tant que militant du PR vivant au Québec, que représentent pour vous les élections présidentielles ?

Séverine Boitier et Emmanuel Marcilhacy :  Avant d’être militants, nous sommes citoyens français, et comme nous nous plaisons à le dire, « Français un jour, Français toujours ». Nous croyons que c’est valable pour les nationalités du monde entier.

La France rayonne partout dans le monde grâce à la richesse de sa culture, et grâce également aux institutions qui sont des références internationales en matière d’éducation. La politique est étroitement imbriquée dans cette culture du débat d’idées et de la polémique qu’affectionnent nos compatriotes. Nous pensons donc qu’il s’agit avant tout d’un attachement émotionnel, mais aussi d’une nécessité culturelle ou d’un réflexe républicain qui nous incite à voter et participer ainsi à la vie de l’état, dans le respect de la démocratie.

QC2012 : Votre parti se retrouve sans candidat officiel, même si Jean-Louis Borloo indique qu’il se sent plus proche de l’UMP que de la gauche. Comment vit-on des élections présidentielles quand on n’est pas représenté ?

SB & EM : Le parti radical s’est scindé en deux en 1969, entre le Mouvement des radicaux de gauche et le Parti radical dit “Valoisien“ qui s’est orienté vers le centre droit. Seule cette branche a subsisté. Après avoir intégré l’UDF, le parti a rejoint l’UMP sous Jacques Chirac en 2002. Si l’UMP ne répond plus aujourd’hui à toutes les aspirations du Parti Radical, il aurait été toutefois surprenant qu’il s’en dissocie totalement, ce qui aurait signifié qu’il s’agissait d’un ralliement sans fondement, complaisant ou stratégique.

Effectivement, il existe bien un dilemme quant aux élections, dilemme qui a marqué le congrès annuel qui s’est tenu au mois de mars. Les Jeunes radicaux ont souhaité marquer une scission franche avec la politique menée par Nicolas Sarkosy, et ont exprimé d’une seule voix leur ralliement à François Bayrou. Elus et militants oscillaient entre l’adhésion aux valeurs centristes ou un ralliement à l’UMP, sous conditions uniquement, et pour cause ; fort est de constater que le panel présidentiel, malgré la candidature de François Bayrou, n’offre pas de candidat idéal aux radicaux. Nous pouvons donc parler d’un vote de 2e choix, loin de toute évidence, un peu frustrant, mais motivé face à notre devoir citoyen.

QC2012 : Est-ce que les valeurs du PR, son positionnement fortement républicain vous semblent pouvoir s’accommoder d’un UMP avec un discours qu’on accuse souvent de faire le lit du Front national ?

SB & EM : Le Parti Radical a choisi de se dissocier du l’UMP et ce n’est pas sans raison. Il s’agit d’une adhésion sous conditions après de nombreuses réflexions et consultations de tous les élus et dirigeants des fédérations dans la tradition consultative radicale. Ces militants et élus qui ont voté à 95 % l’indépendance du parti l’année dernière. Cela signifie que si nous sommes d’accord sur certaines lignes, notre désaccord subsiste sur d’autres points et certaines conditions doivent être remplies pour obtenir ce ralliement, ce qui laisse le choix à chacun d’adhérer à cette ligne ou pas. Cette liberté est particulièrement chère à la famille radicale et ses valeurs humanistes basées sur l’indépendance, l’exigence, le dialogue et l’intégration sociale.

QC2012 : Aujourd’hui, au centre, il reste François Bayrou. En tant que centristes, vous sentez-vous inspirés, concernés par son programme et ses propositions ?

SB & EM : Bien sûr. Le programme de François Bayrou est un programme très intéressant et comme nous le disions précédemment, une partie des militants adhèrent aux propositions et voteront en conséquence. François Bayrou n’a pas souhaité prendre part à l’ARES (Alliance républicaine, écologiste et sociale) lors de sa création en avril 2011 (Parti radical, Nouveau Centre, La Gauche moderne, Convention démocrate) et beaucoup regrettent évidemment de ne pas avoir pu fonder une véritable Alliance centriste avant les élections. Le Modem ne peut représenter tous les centres à lui seul, ne comptant que 4 députés à l’Assemblée nationale, alors que le PR en compte 20, 3 députés européens et 7 sénateurs.

QC2012 : Enfin, concrètement, qu’est-ce qu’un parti comme le PR apporte aux Français vivant au Québec ?

SB & EM : Notre quotidien d’immigrant est encore bien souvent étroitement lié è l’économie et la fiscalité française : expatriés ou émigrants volontaires, la plupart y ont leur famille, nombreux sont ceux qui possèdent des résidences secondaires, passent leurs vacances en France, ont leurs enfants dans les collèges français et fréquentent des associations en lien avec leurs origines. Sans compter ceux qui retournent en France après quelques années passées au Québec.

Il y a donc des enjeux sur lesquels il faut sans cesse travailler, tels ceux qui l’ont été jusqu’à maintenant et qui facilitent considérablement les conditions d’intégration, que ce soit en terme d’éducation, de reconnaissance des diplômes, d’accords professionnels, d’assurances, de regroupements familiaux ou de fiscalité… Avec 12 sénateurs des Français de l’étranger et bientôt 11 députés, la politique française a donc plus que jamais toutes les raisons d’être représentée au Québec, et le parti radical compte montrer qu’il y a sa place en proposant une réelle alternative au bipartisme droite-gauche.

Crée en 1901, intégré successivement à l’UDF puis à l’UMP, le Parti Radical souhaite aujourd’hui se reconstruire sur les bases humanistes, écologiques et sociales qui ont été les siennes durant plus d’un siècle (loi de séparation des Églises et de l’État, instauration de la gratuité de l’enseignement secondaire). C’est dans cette dynamique que Jean-Louis Borloo souhaite inscrire l’évolution du parti pour les années à venir. Il est primordial, au travers de ses propositions, de faire connaître les valeurs de ce parti auprès des Français, et de se servir des idées pour améliorer la vie de l’être humain, et non se servir des individus pour défendre des idéologies. C’est ce à quoi nous allons nous atteler dès la fin de la période électorale.

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