Pierre Dodin, membre d’une communauté inclusive de Français – Interview

Pierre Dodin est un Français de Montréal bien installé et bien intégré. Venu faire son post-doc à McGill en 2002/2004 , il s’est définitivement fixé sur l’Île de Montréal en 2005. Engagé au sein du parti municipal Projet Montréal, il a un parcours de militant en France qui l’a conduit de la droite au centre/centre-gauche. Ce passionnant passionné de politique et de débats nous livre sa vision de l’échéance électorale de 2012…

Question : 

Pierre, vous êtes une personne engagée politiquement et votre arrivée au Québec vous a relancé dans votre engagement mais cette fois auprès de projet Montréal. Pourquoi vous engager au Québec ? Pour la cause ? Est-ce que l’engagement auprès d’un parti municipal répond à un besoin de résultats concrets dans votre vie de tous les jours ?

Pierre Dodin : 

Je me suis rappelé la force de la camaraderie quand j’étais militant en France, j’y avais rencontré des personnes vraiment stimulantes. En fait c’était déjà au niveau municipal, j’étais dans l’équipe de militants de Claude-Gérard Marcus dans le Xieme.

Entretemps -c’était en 1995!- j’ai pu voir ce que l’équipe du PS a pu faire de Paris, puis ayant déménagé à Bordeaux, ce que Juppé a fait de Bordeaux, ce qui m’a réellement impressionné. L’écologie à l’échelle urbaine, m’intéressait de plus en plus. Arrivé au Québec, j’ai vu d’abord la politique municipale comme un moyen de m’intégrer. Le parti Projet Montréal était celui qui tentait d’améliorer la ville pour ses citoyens, d’en faire un lieu de vie. Je me suis lancé pour les aider lors d’une de leur campagne électorale, et j’y ai trouvé une équipe formidable. Cette expérience, en plus de me créer des réseaux, a été pour moi une véritable école de citoyenneté, bien avant de devenir citoyen.

J’ajouterai que le municipal est encore un des rares échelons de politique où on peut réllement voir les impacts de nos décisions !

Question : 

Si les municipales sont des élections locales, à taille humaine, que dire des législatives de 2012 qui éliront un député pour l’ensemble des Français d’Amérique du Nord ? Vous sentez vous concerné par cette élection et quelles pourraient être leurs conséquences sur votre quotidien ?

Pierre Dodin : 

C’est un peu différent, en tant que Français à l’étranger, l’image de la France a une réelle importance, ainsi que la défense de ses idéaux. Je suis réellement choqué par la dérive droitière de l’UMP depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007. Une dérive commencée sous le signe de la sécurité à tout prix, suivie par une chasse aux immigrés clandestins dans des conditions plus que discutables, et enfin un nationalisme déplacé, dont le dernier avatar est cette proposition de loi sur la suppression de la double nationalité. Etre Français, ce serait surtout quelqu’un qui paye des impots en France… tout un programme

Question : 

On comprend pour les présidentielles, mais pour les législatives ? Le député est un représentant de ses administrés devant la nation. Pensez-vous que le député élu aura un champ d’action nécessaire pour agir dans son immense circonscription ?

Pierre Dodin : 

La sensibilité politique des français d’Amérique du Nord est sans doute très différente de celle de la métropole. Il me semble que, en 2007, c’était Ségolène Royal qui avait emporté le plus de voix de ce côté de l’atlantique. La couleur politique des députés représentant les français de l’étranger suivra vraissemblablement la même logique, nous permettant l’existence d’une voix sainement discordante dans le cas où l’UMP l’emporte à la prochaine présidentielle. Par contre, j’ignore la réalité du champ d’action.

Question : 

On parle beaucoup de la communauté des Français de Montréal, de Québec, du Québec et même d’Amérique du Nord. Est-ce que ce terme de communauté vous parle ? Vous sentez vous membre d’une communauté de Français ?

Pierre Dodin : 

En réalité, à la différence de certains de mes compatriotes, c’est d’abord l’immersion québecoise que je recherchais, pour me créer mon bout de vie à Montréal qui avait du sens en soi… ne pas constamment se créer des points de comparaison avec la France, pour finalement souffrir du spleen et finalement replier bagages! Je me sens membre d’une communauté inclusive de français, les Français que je fréquente ici sont aussi très impliqués et très intégrés au Québec.

Je dirais que c’est assez récemment que j’ai senti le besoin de renouer avec la communauté française plus particulièrement, à cause des prochaines échéances électorales justement!

Question : 

Mais sentez-vous que vous avez une « destinée » commune avec un Français de Miami, à la réalité bien différente ?

Pierre Dodin : 

Je dirais à priori non, le fait que nous soyons nombreux au Québec et partagions la langue française, ainsi qu’une partie de l’Histoire rend sans doute notre communauté particulière. J’avoue ne jamais avoir réellement réfléchi à cette question auparavant !

Question : 

Quant aux primaires socialistes dont on parle beaucoup en ce moment, y avez-vous participé ? Si oui pourquoi ? Si non pourquoi ?

Pierre Dodin : 

J’ai appris par accident son existence, et trop tard, ce qui m’a réellement déçu. Je trouve que la publicité faite pour cette évenement n’était pas suffisante. Le taux de participation ridicule est en sans doute une des conséquences. Je pense qu’il était important d’y participer pour désigner non pas le meilleur candidat des 6, mais celui qui risquait à l’échelon national d’emporter le plus de voix contre l’UMP. Mais je suis plutôt content du résultat jusqu’ici. J’ai beaucoup d’admiration pour Arnaud Montebourg, mais je ne le voyais malheureusement pas faire le poids en terme de suffrage en 2012.

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Une réflexion sur “Pierre Dodin, membre d’une communauté inclusive de Français – Interview

  1. Merci Anthony,
    Cette entrevue est de grande qualité. Pierre est quelqu’un de très impliqué à l’échelle municipale et il connaît très bien les réalités du terrain à Montréal. C’est ce type d’action, très locale, très implantée, qui inspirera le modèle de communauté française que nous voulons bâtir à l’échelle du continent nord-américain.
    La réponse de Pierre est d’ailleurs commune à beaucoup de réponses entendues lors de mes différents déplacements : « j’avoue ne pas avoir réfléchi à cette question [de communauté française nord-américaine] auparavant ». C’est cette réflexion que j’ai souhaité instaurer depuis plusieurs mois dans les esprits, que j’ai formulé dans mon essai « Nous tracerons des horizons », et qui me semble dessiner un nouveau type de projet politique. Un nouveau contrat social entre les Français d’Amérique du Nord.
    Le travail ne fait que commencer, mais il mérite d’être débuté dès à présent parce qu’il est réellement porteur d’avenir.
    Bien à vous,
    Philippe Régnoux

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