L’autre village gaulois

Cyrille Giraud, responsable des opérations du collectif Souriez, vous êtes Français ! livre ici un article sur l’intégration et la dé-intégration des Français de l’Etranger dans le contexte du durcissement du discours en France sur les Français de l’Etranger, souvent considérés comme des exilés fiscaux…

Quitter la France pour s’installer au Québec c’est un peu se mettre dans la peau d’Astérix et Obélix, la potion magique en moins. Forte de ses 8 millions d’habitants, la belle province francophone à 80% ne pèse finalement pas bien lourd face aux 330 millions d’anglophones du continent nord-américain. Reste que s’intégrer au Québec en tant que français de France est une autre paire de manches face au défi culturel largement sous-estimé lorsque l’on s’apprête à quitter l’hexagone.
Mais l’intégration au Québec, comme dans n’importe quel autre coin de la planète, est aussi soumise à un étrange jeu de balancier que les élections françaises de 2012 révèlent de façon inattendue: la dé-intégration française des français de l’étranger. En ces temps de crise mondialisée, certains ont voulu jeter l’opprobre sur ces méchants déserteurs qui ne payent pour la plupart plus d’impôts en France (en oubliant sans états-d’âme qu’ils en payent quand même dans leur pays d’accueil) et qui voudraient continuer à influer sur la politique française en exerçant leur droit de vote avec des législatives les englobant pour la première fois. En effet, de toutes nouvelles circonscriptions extérieures au territoire français et couvrant le reste du monde viennent d’être instaurées en ce sens. Fait non-négligeable, les français de l’étranger seraient officiellement 1,5 million si l’on se base sur les inscriptions consulaires, mais le chiffre réel avoisinerait plus vraisemblablement les 2 millions.
La majorité des français ayant émigré reste très connectée à l’actualité son pays d’origine, d’autant que se refaire une idée complète de la vie culturelle et politique de son nouveau pays n’est pas une mince affaire: c’est simple, il suffit de voir à quel point les populations immigrantes en France reste connectées à leurs racines pour comprendre le chemin inverse. Mais le chapeau du bouc émissaire s’est brusquement élargit dernièrement alors que le gouvernement français s’est doté d’un nouveau Secrétaire d’État aux français de l’étranger qui a signé quelques mois avant sa nomination une proposition de loi visant à déchoir de leur nationalité les expatriés qui ne payent plus d’impôts en France.
Ces drôles de français de l’Étranger…
Maintenant que nous sommes diabolisés à souhait et que familles et amis restés au pays nous demandent en quoi la vie politique française peut encore nous importer (comme quoi le travail sournois entamé depuis la discussion fallacieuse sur l’identité nationale commence à porter ses fruits), devrions-nous d’urgence retourner au bercail avant le 31 décembre pour pouvoir continuer à exercer légitimement notre droit de vote?… Et faire exploser au passage les chiffres du chômage hexagonal !
Le fait même de nous montrer du doigt est très révélateur de l’enjeu électoral: oui, 1,5 millions et demi de votes dans une élection, ça pèse. Alors soit on nous séduit, soit on nous éjecte: belle logique! Mais où que vous soyez dans le village global, sachez que rien n’est vraiment définitif dans la vie: ceux qui partent vivre dans un autre pays ne savent jamais si ils vont revenir, car oui, ils peuvent revenir, et donc ressentir directement les conséquences des derniers choix électoraux. Réfléchissez bien avant de faire de nous des apatrides en nous retirant notre nationalité… Surtout que vous aussi, vous pourriez quitter la France pour aller vivre ne serait-ce que quelques kilomètres de l’autre côté de la frontière, mais ce n’est peut-être tout simplement pas inscrit dans votre programme électoral du moment.
Et le paradoxe dans tout ça, c’est le peu d’estime que nous portent nos compatriotes de naissance alors que ceux d’adoption se demandent quelle idée folle a bien pu nous traverser l’esprit pour quitter la France où ils rêveraient habiter. On aimerait être perçus comme des ambassadeurs plutôt que des parias. Et si les dirigeants politiques veulent vraiment faire les comptes, qu’ils n’oublient pas que certains continuent à payer des impôts même une fois partis, qu’une majorité ne perçoit absolument aucune prestation sociale française, mais aussi et surtout que l’immense majorité apporte des devises étrangères gagnées à l’extérieur lorsqu’elle revient en vacances alors que la France se targue d’une activité touristique très lucrative.
Heureusement, les français de l’étranger serrent les rangs face à ces attaques fratricides et entendent bien faire preuve d’unité pour ne pas sombrer ici et là-bas… Et si finalement c’était ça notre potion magique?
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Une réflexion sur “L’autre village gaulois

  1. […] billet « L’autre village gaulois » précise en toute fin « On aimerait être perçus comme des ambassadeurs plutôt que des […]

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