Des chiffres et des mots…

Dans une campagne électorale, il faut des mots pour alimenter le discours, mais aussi des chiffres.

Les chiffres sont des éléments de mesures essentiels, pour ne pas dire incontournables. Ils justifient l’argumentation, soutiennent le discours. Marge de progression, croissance, décroissance, pourcentages, points, indices, valeurs relatives ou absolues, les chiffres font sérieux. Et ils le sont dans bien des cas. Mais dans une société du tout mesurable, dans une économie du chiffre, leur poids donne souvent le tournis. De plus, force est de constater, que, comme pour les mots récupérés et modifiés, les chiffres sont aussi des outils utilisés pour convaincre ou sonner l’adversaire idéologique. Bref, on peut faire dire aux chiffres ce que l’on veut, d’autant plus quand on ne sait pas d’où ils viennent, ni quelle méthodologie a permis de les produire.

En ce qui concerne les prochaines élections françaises en Amérique du Nord, les chiffres ont une singularité bien particulière : ils sont soit insaisissables, soit flous.

Notons tout d’abord qu’on a du mal à bien savoir quelle est cette population appelée aux urnes. Quel est son statut migratoire, comment est-elle constituée, quelle part d’hommes, de femmes, de binationaux, etc. Au Québec, on constate déjà qu’il est difficile de chiffrer le nombre de Français vivant dans la province. Même les chiffres concernant la migration ne correspondent pas d’une administration à l’autre, du provincial au fédéral.

Ce qui est sûr, c’est le nombre d’inscrits sur les listes électorales. Et encore… ont-ils bien toutes les informations ? Tous les Français inscrits sur ces listes et quittant le Québec demandent-ils leur radiation et se réinscrivent-ils sur d’autres listes en France ou ailleurs à l’étranger (ce qui les radie de celle de leur consulat) ? Combien de Français du Québec ont-ils signifié à leur consulat leur changement de lieu de résidence qui leur permet d’être informé sur ces échéances électorales ? Derrière, une liste pourtant clairement établie par l’administration française, il existe des réalités qui montrent les limites de ces chiffres…

Et que dire du nombre réel de Français vivant au Québec (100.000 pour les uns, plus pour les autres) qui dépassent et de beaucoup le nombre d’inscrits sur les listes électorales ? Bien sûr, on cherche à les faire s’inscrire au consulat avant le 31 décembre pour qu’ils puissent voter, mais il y a peu de chances qu’on arrive à en faire inscrire ne serait-ce que 10.000 supplémentaires – ce qui est déjà énorme. Il y a donc un chiffre gris (au Québec, + ou – 50% de Français non inscrits et non votants) qui pèsera tout de même sur l’utilisation de chiffres statistiques pendant toute la campagne…

Et que dire des taux de participation ? Très faibles pendant les élections à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), les présidentielles de 2007 les ont fait doubler. Ils seront l’enjeu principal des candidats : transformer leurs interventions pendant la campagne en voix concrètes, palpables et mesurables. Pour certains, le remboursement des frais de campagne dépendra du cap fatidique des 5% de suffrages exprimés recueillis.

Mais déjà, alors que seuls deux candidats sont officiellement désignés (PS et EE-LV) mais que plusieurs sont pressentis, les chiffres deviennent des arguments du discours. La primaire du PS de Montréal en a fait les frais. François Lubrina, élu à L’AFE et chef de l’UMP local, ainsi que Philippe Régnoux ont, chacun à leur façon, argumenté sur la faible participation à ce rendez-vous politique. Mais l’un et l’autre ne proposent pas les mêmes chiffres de 0,62% pour l’un et entre 0,8 et 0,5% pour l’autre. Preuve qu’il est difficile d’y voir clair avec les chiffres ou, en tout cas, qu’il faut d’autant plus être attentif aux sources et aux modes de calcul.

Sur ces pourcentages, il faut s’interroger. Est-ce que le succès dépend d’un taux de participation ? N’est-il pas plus question ici d’indicateurs de réussite ? En chiffre absolu, mobiliser plus de 300 personnes pour une échéance organisée par un parti à l’extérieur de la France (où le poids du parti et ses moyens de communication sont moindres) peut être considéré à juste titre comme un succès. Du point de vue du PS local, il y a certainement un succès qui lui permet de sortir de son simple réseau relativement réduit de sympathisants. Si on le compare à l’actualité des associations françaises du Québec, mobiliser 300 personnes est un succès. Mais effectivement, si on veut comparer cela à l’ensemble du corps électoral, le résultat peut sembler ridicule. Et encore plus si on l’élargit à l’ensemble des Français installés au Québec.

On le voit avec les chiffres tout est matière à proportion. Un petit exemple… selon l’étude AMI sur l’Union française, le réseau des associations françaises regrouperait au total 3000 membres. C’est un poids non négligeable en chiffres absolus, mais si on l’élargit au chiffre gris des Français vivant au Québec (les fameux 100.000), le poids des associations françaises ne serait que de 3%. Or, est-ce que sur la base d’un résultat aussi faible on peut dénigrer le travail des dites associations ? Dire qu’elles n’ont pas de légitimité ? Bien au contraire…

Les chiffres doivent constamment être passé au prisme de l’esprit critique et mis en perspective.

 

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Une réflexion sur “Des chiffres et des mots…

  1. délerin dit :

    581,07 euros de retraite au quebec cela donne 781 $ canadiens ……….à vous de me dire si cela est une bonne retraite et si sarkozy mérite d’être réélu …?

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