Marc Cormier : les Français expatriés au Québec sont davantage unilingues, amoureux de la langue française et de la culture québecoise

Marc Cormier, originaire de St-Pierre-et-Miquelon, est non seulement un  globetrotter de la Francophonie mais également un fervent contradicteur du French-Bashing aux USA avec son site Miquelon.org. Installé pour l’instant à Toronto (mais pour combien de temps ?), il est également un sympathisant du Parti radical de Jean-Louis Borloo. Créateur et animateur du groupe Facebook 1e circonscription législative des Français de l’étranger, Amérique du Nord1e circonscription législative des Français de l’étranger, Amérique du Nord, son regard sur les Français du Québec et  le rôle du futur député sont pertinents…

Question 1 :

Marc, vous êtes un globetrotter et vous avez parcouru bien du Chemin en Europe et en Amérique du Nord depuis St-Pierre-et-Miquelon. Vous n’êtes pas un Français de Montréal ni du Québec. Mais de l’extérieur, comment qualifieriez-vous ces Français du Québec ? Sont-ils différents du reste des Français d’Amérique du Nord ?
Marc Cormier :

Au-delà des caricatures faciles, il semblerait que les Français expatriés au Québec sont davantage unilingues, amoureux de la langue française et de la culture québecoise. Leur expatriation est souvent l’expression d’une passion.

Les expatriés en Ontario par contre sont plus proches des expatriés des États-Unis par leur expérience et leur vécu. Souvent polyglotes ou cherchant à développer leur maîtrise de l’anglais, ces expatriés sont attirés par un dépaysement total, une expérience de rupture avec la métropole.

Question 2 :

Ce sont donc des différences de taille. Pourtant selon vous, y a-t-il un lien communautaire qui puisse relier les Français du Québec avec leurs compatriotes du « Rest of Canada » et des « Etats » ? Réalité ? Valeur ? Attentes ?

Marc Cormier :

Les Français oublient souvent ce qui les unit pour se concentrer sur ce qui nous divise. De plus le clivage politique gauche/droite est si profond que nous avons adopté celui-ci comme étant parfaitement naturel, même à l’étranger. On peut certes le regretter, mais les Français de l’étranger sont peu prompts à former une communauté au-delà de quelques rencontres fortuites comme un 14 juillet, un match de foot, la sortie d’un film ou une échéance électorale.

Si l’on veut élaborer un lien communautaire entre toutes les populations Françaises expatriées du Canada et des États-Unis, il faudra commencer par la mise sur pied d’un outil de diffusion culturel et d’information.

Or sur le plan télévisuel, il n’est pas possible d’avoir une harmonie entre TV5 Monde et TV5 Québec Canada ! Le protectionnisme culturel du Canada a imposé une formule obligeant la mutation de TV5 au Canada pour qu’il contienne un quota de contenu canadien.

Aux États-Unis les Français expatriés ont accès à des magazines (France-Amerique par exemple) – au Canada, les Français n’ont pas un outil comparable. Le plus souvent, ils contribuent aux divers journaux régionaux francophones.

Un lien communautaire ne pourra donc s’installer s’il n’y a pas un moyen de communication centralisé. Facebook et les réseaux sociaux jouent actuellement un rôle intéressant mais celui-ci reste anecdotique pour la grande majorité des expatriés !

Question 3 :

La centralisation n’est-elle pas une chimère ? En effet, au Québec, beaucoup de Français ne suivent pas l’actualité des associations françaises (elles ne comptent que 3.000 membres – 3% du total). De plus, les associations y sont nombreuses et farouchement attachées à leur indépendance.

Marc Cormier :

Étant originaire de l’outre-mer, je sais trop bien quels sont les défauts du centralisme. Dans le contexte de l’expatriation en Amérique du Nord, je propose une centralisation de la diffusion culturelle à partir d’un lieu qui nous est propre, pas depuis Paris !

L’avantage d’un service centralisé au sein de notre circonscription servirait à la fois de barycentre communautaire et garant de moyens et de qualité. Si nous continuons de faire de la radio communautaire, de produire des podcasts ou des blogs chacun dans son petit coin, le résultat sera ce qu’il est aujourd’hui : la balkanisation des Français de l’étranger au sein d’une même circonscription.

Quant aux associations connues, elles sont trop souvent accaparées par des intérêts qui perpétuent les divisions politiques françaises à l’étranger.

Question 4 :

le rôle du député peut peut-être être un élément centralisateur puisqu’il couvrira toute l’Amérique du Nord. Selon vous quel doit être son rôle sur le terrain ? Qu’attendez-vous de lui ?

Marc Cormier :

Les députés des Français de l’étranger auront à remplir un mandat particulièrement difficile : avec des circonscriptions immenses, un électorat éparpillé et des préoccupations uniques, ces élus devront faire preuve d’originalité, de flexibilité et d’énergie pour remplir leur rôle d’écoute des citoyennes et citoyens et participer au processus législatif.

Ces élus devront s’inspirer des députés ultramarins qui gèrent la proximité et des déplacements importants entre leurs circonscriptions et le Palais Bourbon. Avec plus d’une douzaine de centre urbains importants à travers le continent, le député devra se rendre régulièrement dans chacun d’entre-eux.

Jouer un rôle fédérateur ou centralisateur ? C’est à voir, mais ce n’est pas à nous de greffer au rôle défini par la constitution un rôle social, communautaire ou autre.

Question 5 :

Mais concrètement, pour les Français d’Amérique du Nord – autant pour ceux qui sont actifs dans le milieu associatifs que ceux qui n’iront pas voté mais qui seront tout de même représentés – ce député aura-t-il un vrai rôle de proximité dans ce vaste espace ?

Marc Cormier :

Certainement !

Nous avons certes des sénateurs, mais ceux-ci sont censés représenter les collectivités. Dans le cas des expatriés, les sénateurs représentent donc de fait l’Assemblée des Français de l’étranger et non pas les citoyens Français de l’étranger.

Par conséquent, le député sera le premier élu de proximité ayant un véritable champ d’action législatif et politique.

À présent, un élu de l’Assemblée des Français de l’Étranger ne pouvait pas poser de questions au gouvernement, n’avait aucun pouvoir législatif réel.

C’est bien pour cela qu’il sera nécessaire d’élire des femmes et des hommes issus de notre milieu ! Quand on ne connaît guère les galères de l’expatriation, les problèmes nombreux et spécifiques auxquels on peut être confrontés dans un pays comme les États-Unis (assurance santé, couverture sociale) ou au Canada, on ne pourra représenter ces électeurs.

C’est pour cela que je dénonce depuis quelque temps les partis qui souhaitent parachuter des candidats dans la circonscription. Nous avons trop bien connu les méfaits des parachutages dans l’outre-mer français, de grâce ne laissons pas les officines parisiennes décider qui sera le candidat d’aucun parti en Amérique du Nord !

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Une réflexion sur “Marc Cormier : les Français expatriés au Québec sont davantage unilingues, amoureux de la langue française et de la culture québecoise

  1. […] Dans cette interview, je tente d’expliquer les différences qui existent entre les expatriés français du Québec et du reste de l’Amérique du Nord et le rôle du futur député des Français d’Amérique du Nord.   […]

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