Interview Antoine Treuille : un député d’Amérique du Nord devra s’intéresser au sort de tous

Antoine Treuille est un homme d’affaire franco-américain, ancien président de la French-American Foundation, qui vit depuis plus de 30 ans aux Etats-Unis. Engagé depuis de nombreuses années dans la vie des Français des Etats-Unis, il est une des candidatures d’expérience en lice pour la députation.

QC2012 : M. Treuille, vous vous présentez comme un candidat de droite modérée et solidaire. Comment vous placez-vous sur l’échiquier politique français ? Droite humaniste ? Centre droit ? Néo-libéral ? Gaulliste ? A quel courant de la droite appartenez-vous ? Et pourquoi ce besoin de vous présenter ?

Antoine Treuille : Je pense que l’on peut être de droite tout en étant respectueux et attaché aux valeurs humanistes et sociales de la France. Si vous préférez le terme de droite humaniste, il me convient également. Ainsi, je défends l’idée que la France doit repenser la solidarité qui est à la base de la vie en société et cesser de stigmatiser certaines catégories de la population : immigrés, riches, pauvres, expatriés …

Il est important de présenter sa position sur l’échiquier politique de manière sincère et précise pour que les électeurs puissent voter en toute connaissance de cause. Surtout, je pense être le seul candidat de droite dans cette élection à représenter ces valeurs dont la France a pourtant tant besoin.

QC2012 : Votre candidature ajoute à la pagaille à droite. M. Lefebvre candidat officiel de l’UMP doit lutter contre une foule de concurrents dans son propre camp. Ne croyez-vous pas que votre candidature sert la gauche en créant la division à droite ?

AT : Je suis bien entendu attristé par cette division à droite, mais cette « pagaille » n’est que le résultat du parachutage mal accepté du candidat de l’UMP. Les Français d’Amérique du Nord regrettent cette décision, comme ils ne cessent de me le rappeler lors de mes déplacements. Les Français d’Amérique du Nord ne sont pas un simple réservoir de voix pour l’UMP, ils ont envie d’être représentés par quelqu’un qui connaît leur situation.

Je suis expatrié aux Etats-Unis depuis 37 ans, j’y ai élevé quatre enfants, j’y ai présidé de nombreuses associations en rapport avec la communauté française expatriée … Mon expérience me donne toute la légitimité de pouvoir prétendre à la représentation des français d’Amérique du Nord. Et puis je remarque au final qu’à gauche le nombre de candidats briguant la circonscription de l’Amérique du Nord en face de Mme Narassiguin est aussi conséquent, sans compter le Modem. Mais c’est le jeu de la démocratie pluraliste, et du premier tour…

QC2012 : Si vous êtes élu, quelles seront vos deux priorités pour la première circonscription d’Amérique du Nord ? Et pourquoi celles-là ?

AT : Si je suis élu mes deux priorités seraient sur l’éducation et le renforcement des services consulaires car ce sont les deux problématiques qui reviennent le plus dans les demandes des expatriés.

L’éducation car les Français ne cessent de me faire part de leurs inquiétudes sur cette question et notamment ceux dont les enfants sont amenés à poursuivre leurs études en France. L’éducation en Amérique du Nord est très coûteuse, et surtout les lycées français ne peuvent accueillir tous les enfants d’expatriés. A ce sujet je pense qu’une réforme équitable de la prise en charge des frais de scolarité pour les lycéens serait souhaitable et pour tenter, à budget égal, de dégager des fonds pour les redistribuer. Je pense ainsi aux programmes FLAM (français langue maternelle) qu’il faut développer ou encore les programmes CNED. Ces initiatives extra-scolaires parfois portées par des associations de parents représentent une solution simple et facile d’accès à des cours de français. Elles permettent de présenter les examens qui sanctionnent la maîtrise de la langue française, comme le DELF (Diplôme d’Etude en Langue Française, pour les jeunes élèves) et le DALF (Diplôme Approfondi de Langue Française, pour les plus âgés). Ils seraient d’ailleurs bienvenus au Québec où le français québécois reste différent du français sanctionné dans l’hexagone comme le baccalauréat.

Je propose aussi la création d’une fédération des programmes FLAM afin qu’ils puissent être plus visibles, s’entraider et obtenir plus de subventions.

Enfin j’envisage l’idée de créer une Fondation privée de l’enseignement du français pour lever des fonds et aider les jeunes les plus méritants à intégrer nos écoles françaises.

En ce qui concerne le renforcement de la présence consulaire, il s’agit d’assurer la continuité du service public français en Amérique du Nord avec un maillage territorial plus efficace pour répondre à toutes les questions de la communauté française sur de nombreux sujets : visas, fiscalité, retour en France… Et à l’heure de la dématérialisation, les services en ligne pourraient être améliorés.

QC2012 : Homme d’expérience et de terrain, votre principal concurrent est M. Michon de Los Angeles qui, depuis des mois, axe sa campagne sur son assise locale et son expérience. Par rapport à lui, qui a écumé en long et en large la circonscription, qui a multiplié les déplacements, les rencontres, vous partez avec plus de retard. En cette mi-mai, vous multipliez les déplacements et les rencontres. Mais ne pensez-vous pas que ce retard vous handicape et fait de vous un candidat finalement très peu connu hors de New York ?

AT : Tout d’abord je ne crois pas que mon principal challenger soit M. Michon mais plutôt Frédéric Lefebvre qui bénéficie de l’investiture UMP. Néanmoins je pense que les expatriés apprécieront d’avoir un candidat de terrain qui sera sur place pour être à leur écoute et les accompagner dans leurs démarches tout au long du mandat.

Par ailleurs, ma candidature est le prolongement d’un investissement de long terme dans la vie de la communauté française ici, que ce soit dans diverses associations, en tant que commandant du centre de réserve, conseiller du commerce extérieur ou encore Président de la French American Foundation.

Enfin, j’ai commencé ma campagne début mars. Depuis j’écume le Canada et les Etats-Unis de long en large, et je pense d’ailleurs avoir organisé plus de réunions que M. Michon. A chacun de mes déplacements, en plus de mes réunions, je rencontre les Français impliqués dans la vie de la communauté française de leur ville : directeurs des lycées français, présidents des chambres de commerce franco-américaines, responsables des programmes FLAM locaux … Je ne cherche donc pas à faire un concours de chiffre, mais à rencontrer les personnes concernées par les problématiques que je défends.

Cela étant, vous avez raison, je suis très connu à New York, car j’y réside depuis de nombreuses années. Mais vous devriez venir à mes réunions dans le reste de l’Amérique du Nord, elles connaissent un grand succès : ma candidature intéresse. Les gens apprécient l’idée de pouvoir être représentés par quelqu’un qui leur ressemble.

QC2012 : Si la circonscription législative Amérique du Nord est hétérogène, force est de constater que le Québec forme un espace à part : forte concentration de Français, tissu associatif dense, milieu de vie en Français et réalité économique très diverse avec des Français qui ont des niveaux de vie parfois très bas. Comment envisageriez-vous le Québec et sa réalité bien différente si vous étiez élu député ?

AT : Voilà pourquoi ma position d’homme de droite modérée et solidaire a tant de sens en Amérique du Nord. Certes, certains Français résidant aux Etats-Unis ou au Canada mènent une vie confortable mais c’est loin d’être le cas pour tous et la crise a frappé les expatriés aussi. Ceux qui connaissent plus de difficultés ne doivent pas être oubliés. Un député d’Amérique du Nord devra s’intéresser au sort de tous.

Si je suis élu, je compte poursuivre mes déplacements aux Etats-Unis et au Canada. J’ai d’ailleurs récemment démissionné de la présidence de la French-American Foundation dans l’idée de pouvoir me consacrer à plein temps à la fonction de député en cas de victoire. Par ailleurs, j’aurai une équipe de volontaires dans les villes où vit une importante population française. Ces volontaires auront pour rôle de m’alerter sur la situation locale et de faire remonter les informations. Je veux être le candidat de la proximité, de l’efficacité et de la solidarité. Ma candidature a donc tout son sens pour répondre à la situation particulière du Québec.

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