Crédibilité et sincérité des candidats : tout se joue dans l’après-campagne

Annoncer que la crédibilité et la sincérité d’un candidat se vérifient dans l’après-campagne peut sembler une lapalissade. Oui, car quand on pense à l’après-campagne, on pense souvent au candidat victorieux, à celui qui doit gérer la victoire, assurer son mandat. Dans la situation qui nous préoccupe, ce candidat sera soit Corinne Narassiguin du PS, soit Frédéric Lefebvre de l’UMP. L’un ou l’autre aura alors 5 ans pour agir et se représenter devant les électeurs pour qu’ils jugent de la qualité du mandat effectué.

Mais, au lendemain du 16 juin prochain, ils seront 17 ex-candidats à la députation et 17 ex-candidats à la suppléance à retourner à la vie « normale », celle d’un citoyen français en Amérique du Nord, bien loin de l’agitation de la campagne, de cette course de quelques semaines préparée pendant des mois, grisante et riche en rencontres. On pourrait ajouter également les candidats avortés, ceux qui se sont déclarés, ici ou là et qui, pour des raisons diverses, ne sont pas allés jusqu’au bout de leur démarche. N’oublions pas non plus les équipes de campagne, ces réseaux actifs qui se sont données sans compter pour porter leur champion à la victoire.

Ces 34 citoyens, et tous ces autres, répartis aux quatre coins de la circonscription, ont construit, développé des projets et cherché à convaincre leurs concitoyens d’agir à leur tour et de leur donner les moyens d’agir.

Ces quelques uns doivent se dire une chose : les résultats de l’élection, du premier tour comme du second, ne sont pas un gage de crédibilité ou de manque de crédibilité. Comme le disait Tocqueville, la majorité n’a pas forcément raison. Et lorsque l’électeur se manifeste, il donne une confiance à une tendance, un programme, une personnalité. Reste que cette personnalité peut être un mauvais choix, peut desservir ceux qu’il représente.

De la même manière, la crédibilité des candidatures qui se sont exprimées ne doit surtout pas être jugée par la qualité de la campagne (moment court, bref, qui se résume souvent à un acte de communication, de mobilisation cherchant à convaincre, attirer la sympathie et gagner la confiance). On peut être un très bon communicant, faire une excellente campagne et ne pas être un élu de qualité… Dans le cas qui nous intéresse, il n’y a même pas de candidat ou de parti arrivant avec un bilan sur cette circonscription. Dès lors, dans ce cas particulier, la crédibilité ne repose pas sur un passif qui chercherait à confirmer les compétences du député sortant pour renouveler son mandat. Bien sûr, quelques candidats ont tout de même eu des mandats en tant que Conseiller des Français de l’Etranger. Mais l’approche ici est différente. Le député ne peut pas être un conseiller des Français de l’Etranger amélioré. Son rôle sera tellement différent, appellera à des compétences différentes. Donc le bilan des Conseillers n’était pas un gage de succès, un argument certes, pas un bilan donnant droit à se réclamer le meilleur candidat.

Non, je reste convaincu que c’est dans l’après-campagne que va se jouer à la fois la crédibilité de tous ces personnes qui se sont engagées pour soutenir des candidats, et leur sincérité.

Et oui, comme le disait Guillaume le Taciturne : « nul n’est nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ».

De mon point de vue, cela signifie que si l’ensemble des candidats et de leurs équipes veulent convaincre de leur sincérité, ils se doivent de montrer qu’ils voulaient vraiment agir pour leurs concitoyens. Et pour se faire, ils doivent s’engager, tenter de mettre en application le programme et les valeurs qu’ils portaient et défendaient.

Gardons à l’esprit que, dans tous les programmes en lice au premier tour, nombreux étaient les points qui ne dépendaient pas du mandat stricto sensu du député. Beaucoup étaient les éléments qui reposaient sur la bonne volonté, qui étaient des déclarations d’intention… il ne tient qu’à ces candidats de transformer ces déclarations en actions. Ce n’est pas parce que la campagne est finie, qu’ils ne peuvent pas agir, s’engager dans le riche et dynamique réseau des associations françaises en Amérique du Nord. Et il est évident que ces associations ont besoin de leurs énergies.

Autrement dit, est-ce que l’engagement des candidats et de leurs suppléants/équipes était motivé uniquement par la conquête du pouvoir et du prestige de la députation ou par une vraie volonté d’agir, de s’engager ? C’est maintenant qu’on va pouvoir répondre à cette question.

J’ai pu constater dans les faits, après les élections pour l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE) en 2009, que l’après-campagne permettait de vérifier qui étaient les vraies personnes engagées, pas celles qui courent après un titre, une position, voire un rêve. Parmi les listes candidates, certains des acteurs ont totalement disparus du paysage, au lendemain des résultats. Tandis que d’autres, pas forcément élus, ou pas forcément en position éligible,  ont été actifs, ont participé à l’effort collectif, donnant de leur temps sans compter, sans calcul politique. Ces citoyens actifs étaient de toutes tendances politiques. J’ai même pu constater des rapprochements et des collaborations qui dépassaient totalement les lignes de parti, les idéologies pour agir ensemble sur des projets et des actions divers.

Dans le cas de Montréal, l’après juin 2009 avait généré de nouvelles dynamiques, incroyablement riches. C’est ce que j’espère pour l’après juin 2012. Je le souhaite à tous les candidats malheureux de ce printemps.

Certains détracteurs, parfois aigri, disent que cette campagne a été plate, que le niveau d’intérêt a été bas et qu’aucun débat n’a vraiment eu lieu. Je pense que c’est manquer de respect aux efforts des candidats et de leurs équipes. C’est ne pas respecter les milliers de Français d’Amérique du Nord qui se sont déplacés pour aller voter. C’est gommer trop facilement ces déplacements et ces rencontres réelles ou virtuelles qui ont créé un sentiment d’appartenance commun et un début de réflexion collective (cf. éléments abordés ici). Enfin, c’est sous-estimer terriblement le poids de l’après-campagne, cette chance de construction, de transformation d’un engagement politique en une action concrète.

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Une réflexion sur “Crédibilité et sincérité des candidats : tout se joue dans l’après-campagne

  1. En relisant mon article, je me rends compte qu’un élément manque ou pourrait prêter à confusion. J’aimerais souligner que je ne mets pas en cause le bilan des Conseillers des Français de l’Etranger, bien au contraire. Ce sont des élus de terrain, très actifs.
    Egalement, beaucoup des personnes impliquées dans cette campagne étaient déjà actives dans des associations.
    Mon point ici, consiste aussi à leur dire que le vote ou le manque de succès à ces élections ne doit pas les décourager à agir… bien au contraire, qu’ils profitent de ce momentum post-campagne pour agir, se (re)mobiliser.

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